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D’Atlanta à Memphis : le parcours de Martin Luther King Junior (1929-1968).

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D’Atlanta à Memphis : le parcours de Martin Luther King Junior (1929-1968). Posted on 10 juillet 2020

Loin d’être la seule personne engagée dans le combat pour les droits civiques et la lutte contre la ségrégation, Martin Luther King en demeure une figure emblématique et symbolique. C’est pour ces raison que tous les troisièmes lundi de janvier lui sont dédiés aux Etats-Unis.

@ AFP PHOTO
28 août 1963, discours à Washington

A Atlanta.

                Martin Luther King Junior nait le 15 janvier 1929 à Atlanta, en Géorgie, aux Etats-Unis. Il grandit donc, durant la Grande Dépression -une période marquée par une forte récession économique- qui est la conséquence directe du krach boursier d’octobre 1929. Dans un article, l’anthropologue spécialiste des questions de métissage au Brésil, Roger Bastide, souligne que les moments de crise sont des périodes où les inégalités et les discriminations sont croissantes et saillantes[1]. Cependant, il a une enfance heureuse dans une famille militante, son père, pasteur, est aussi le président de la branche régionale de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People –Association de défense des droits civiques) fondée en 1909. A l’adolescence, un travail dans les champs de tabac dans le nord du pays l’amène à prendre conscience que les états du nord ne sont pas épargnés par les politiques et les discriminations raciales. Car même si la ségrégation est moins présente que dans le sud des Etats-Unis -historiquement colonial et esclavagiste- les Africains Américains[2] sont victimes de la précarité due au traitement qui leur est accordé. Ainsi, il se questionne sur la condition des personnes Africaines Américaines aux Etats-Unis, frappées par l’institutionnalisation du racisme. Il s’engage dans le combat pour une justice pour tou.te.s et dans la lutte pour les droits civiques.

De Delhi à Oslo.

                Poussé par sa foi chrétienne mais aussi marqué par ses lectures et son admiration pour l’œuvre de Gandhi, Martin Luther King s’engage dans une lutte non-violente.  

                Lors de ses études, il lit La désobéissance civile : Du devoir de la désobéissance civile, qui présente les thèses de la résistance sans violence, l’ouvrage est basé sur les expériences personnelles de l’auteur américain, H. D. Thoreau. Ce livre influence la pensée de Martin Luther King et sa manière de concevoir l’action sociale.

                En 1950, à Philadelphie –alors qu’il est en séminaire dans l’état de Pennsylvanie- Martin Luther King assiste à la conférence de Gandhi, figure de la résistance non-violente en Inde (et dans le monde). Il devient le personnage d’opposition au pouvoir colonial britannique, menant des actions reprises par la suite par les mouvements émancipateurs et égalisateur. Neuf ans plus tard, après avoir échappé à une tentative d’assassinat à Harlem, Martin Luther King effectue un voyage en Inde, sur les traces du combat de Gandhi.  Ce dernier devient une réelle inspiration et un modèle pour le pasteur.

                Les modes d’action mis en place par le mouvement des droits civiques s’inscrivent dans celles menées par Gandhi. De mars à avril 1930, la marche du sel de 300kilomètres est lancée pour dénoncer le colonialisme britannique et demander une indépendance –du moins un statut analogue que les dominions- de l’Inde. Suivit dans le monde entier, elle marque la doctrine non-violente. Cette doctrine se décline par plusieurs actions : les boycotts, les Sit-in, les marches, les grèves de la faim, etc. C’est une désobéissance civile, c’est-à-dire une résistance pacifique. Cependant, Martin Luther King divise au sein du mouvement. Ses actions pacifiques font de lui quelqu’un de controversé. Il est considéré par certain comme étant un homme de compris. Malgré tout, ses talents d’orateur -qu’il met en pratique par ses sermons- permettent à MLK d’haranguer la foule et mobiliser autour de ses luttes. Il est d’ailleurs récompensé en obtenant le prix Nobel de la paix en décembre 1964  à Oslo.

De Montgomery à Washington.

                En 1954, après être diplômé, il devient pasteur dans l’église baptiste à Montgomery dans l’état de l’Alabama. L’année suivante, le 1er décembre 1955, à Montgomery, le mouvement de la défense des droits civiques prend un autre tournant à la suite du refus de Rosa Park de céder sa place dans le bus, selon ce que les lois ségrégationnistes américaines, en vigueur à cette époque, lui obligent. L’arrestation de Rosa Park -alors secrétaire de la NAACP- est pris comme symbole de la lutte contre la ségrégation et est préférée à  l’acte de désobéissance civile de l’adolescente Claudette Colvin[3], qui quelques mois auparavant avait aussi refusé de laisser sa place dans un autobus de Montgomery. Mais la vie controversée de Claudette, adolescente enceinte d’un homme plus âgé et déjà marié, dissuade la NAACP d’en faire un modèle. Dès le lundi 5 décembre, un appel est lancé pour boycotter les autobus de la ville. Le « boycott de Montgomery »- l’appellation sous laquelle l’action est connue- se maintient malgré les répressions, les pressions, les menaces de mort et les attentats. Les autorités tentent d’intimider Martin Luther King- qui le sera pendant tout son combat- par le biais d’arrestation et d’incarcération. Ses proches tels que Ralph Albernaty et Edgar Nixon sont également les cibles d’attentats et de tentatives d’intimidation. Ce genre de pratiques basées sur la terreur et la peur, augmentent en même temps que croissent la popularité et l’audience du pasteur. Durant sa mobilisation militante, Martin Luther King est de nombreuses fois accusé de délit de vitesse, d’infractions routières, de fraudes fiscales etc. En résumé, une politique de discrédit est menée autour de sa personne et de son entourage. Il finit même par être détenu pendant 4 mois à la suite d’une arrestation à Sit-in mené par des étudiants africains américains de Caroline du Nord, qui protestaient contre la ségrégation au comptoir de magasin. C’est grâce à l’intervention de John –candidat à la présidence- et Robert –sénateur- Fitzgerald Kennedy que Martin Luther King est libéré.

                Quant au boycott de Montgomery, il prend fin le 20 décembre 1956, après la ratification du vote de la Cour Suprême survenu le 13 novembre de la même année, rendant contraire à la Constitution, les lois ségrégationnistes dans les bus en Alabama. Par la suite, plusieurs mouvements sont créés, notamment Freedom Rides –les voyageurs de la liberté- qui arpentent le pays pour vérifier que l’abolition de la ségrégation dans les transports est bien appliquée. Fort de sa victoire en Alabama, Martin Luther King  fait du droit vote pour les Africains Américains son cheval de bataille. Il proclame d’ailleurs, «il n’y aura pas d’égalité tant que nous n’obtiendrons pas, partout, la possibilité de nous exprimer dans les urnes » lors d’un discours à Washington, le 17 mai 1957. Il parvient à rencontrer le vice président, R. Nixon et le président Eisenhower cette année-la, qui signe une loi encourageante sur les droits civiques.

                Cependant, la discrimination et la ségrégation persistent, la ville du sud de Birmingham en est un témoin. Elle devient la prochaine lutte de Martin Luther King, des Sit-in, des marches et des boycotts sont organisés et malgré l’interdiction du mouvement par les autorités, la protestation est maintenue. Emprisonné pendant une semaine en avril 1962, le pasteur King rédige une tribune clandestinement publiée dans le New-York Post rappelant la nécessité de négociations et dénonçant les violences policières. Le 10 mai, un accord sur la déségrégation, la promotion et l’embauche des Africains Américains est trouvé et le président Kennedy annonce une loi sur les droits civiques. Dans cette émulation, une marche à Washington est fixée au 28 aout 1963, illustrant le combat pour l’égalité et la liberté. Environ 250 000 personnes défilent du Washington Monument au Lincoln Memorial, où Martin Luther King prend la parole après une série de chansons et de discours. Au pied de la statue d’Abraham Lincoln, président abolitionniste, il proclame son discours le plus connu : I have dream.

De Selma à Chicago.

                Malgré l’assassinat de Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, qui avait fait des droits civiques une priorité, le nouveau président Johnson signe le Civil Rigth Act avec Martin Luther King à ses cotés, le 2 juillet 1964. Il tente de convaincre le président d’adopter une loi sur le droit de vote des Africains Américains mais Johnson refuse, désirant attendre d’abord le soutien des sudistes à son programme. Le droit de vote pour tous est le nouveau combat du pasteur, en effet dans de nombreux états tout est fait pour dissuader les Africains Américains à aller voter. La ville d’Alabama, Selma est l’illustration, là bas le shérif mène une politique de terreur, un jeune militant noir est d’ailleurs assassiné par un garde de l’Alabama. Une longue marche de Selma à Montgomery est alors décidée mais sans Martin Luther King qui est resté à Atlanta pour des raisons de sécurité. Cette marche brave l’interdiction des autorités, ce qui la rend illégale. Le dimanche 7 mars 1965, elle est lourdement réprimée –faisant beaucoup de blessés- au niveau du pont Edmund Pettus devant la presse et les médias venus couvrir la marche. La répression de Selma choque l’opinion. Le président est, donc, obligé de prendre en compte cette réaction. Malgré que son absence soit critiquée, Martin Luther King obtient un accord avec les autorités de Selma qui autorise aux manifestants l’accès jusqu’au pont, ce qui est contesté par les manifestants. Une nouvelle marche est organisée et se tient le 21 mars, elle reprend le même trajet que la marche initiale de Selma à Montgomery, longue de 80 kilomètres, elle dure 4 jours. A l’arrivée à Montgomery, 25 000 personnes sont présentes et le Voting Rigth Bill  est signé le 6 aout 1965, rendant illégale toute action menée dans le but d’empêcher un Africain Américain de voter. Cependant, le 11 aout éclate durant 4 jours des émeutes dans le quartier de Watts à Los Angeles à la suite de l’arrestation d’un Africains Américain[4], entrainant la mort de 34 personnes et blessant 900 autres. En se rendant à Los Angeles, Martin Luther King se rend compte de la précarité dans laquelle vit la communauté Africaine Américaine. Il décide donc de lancer une campagne pour le droit au logement. Pour mener à bien son nouveau combat, il décide d’une grève des loyers, car les Africains Américains payaient souvent plus pour un logement similaire. Mais à Chicago, le mouvement pour les droits civiques ne fait pas seulement face à la violence policière mais surtout au refus de la population de voir les Africains Américains sortirent de leurs « ghettos ». C’est à ce moment là que la doctrine non-violente divise le plus le mouvement. Beaucoup prêche l’action directe et plus percutante, à l’image des modes d’action prônés par Malcolm X.

A Memphis.

                Au début de l’année 1968, Martin Luther King veut relancer la campagne sur la pauvreté et la précarité notamment à Washington. Le 1er février, il dénonce, après la mort de deux éboueurs Africains Américains de Memphis écrasés par une benne, les conditions de travail des éboueurs Africains Américains, plus difficiles que leurs autres collègues. Martin Luther King se rend au mois de mars dans l’état du Tennessee pour soutenir la contestation, où il proclame le 3 avril un discours. Mais il est assassiné le 4 avril 1968 dans son motel de Memphis, par un tireur d’élite. L’assassinat de Martin Luther King, provoque une onde de choc et une intense émotion aux Etats-Unis. Des émeutes éclatent, imposant le gouvernement à décréter l’état d’urgence. Le 9 avril 150 000 personnes sont présentes pour ses funérailles à Atlanta.

Sources :

Episode 1 : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/martin-luther-king-le-silence-sest-enfin-dechire-de-sophie-lemp-15-1929-1955-naissance-dun

Episode 2 : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/martin-luther-king-le-silence-sest-enfin-dechire-de-sophie-lemp-25-1955-1956-une-premiere-victoire

Episode 3 : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/martin-luther-king-le-silence-sest-enfin-dechire-de-sophie-lemp-35-1957-1962-douter-sans-jamais

Episode 4 : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/martin-luther-king-le-silence-sest-enfin-dechire-de-sophie-lemp-45-1962-1964-des-reves-et-une

Episode 5 : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/martin-luther-king-le-silence-sest-enfin-dechire-de-sophie-lemp-55-1964-1968-se-battre-jusquau-bout


[1] BASTIDE Roger, Le prochain et le lointain, Paris, l’Harmattan, 2001, p35-53.

[2] Selon les références universitaires américaines : https://www.liberation.fr/checknews/2020/06/04/george-floyd-la-presse-francaise-a-t-elle-tort-d-utiliser-l-expression-afro-americain_1790169.

[3] Sur Claudette Colvin : https://www.arteradio.com/son/61662260/claudette_colvin_une_heroine_dans_l_ombre_de_rosa_parks

[4] Sur les émeutes de Watts: https://www.lemonde.fr/ameriques/video/2015/08/12/retour-sur-les-emeutes-de-watts-cinquante-ans-apres_4721964_3222.html

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