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Les inégalités dans le système éducatif français

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Les inégalités dans le système éducatif français Posted on 7 février 2021

Aujourd’hui, nous parlerons d’un sujet qui fait débat dans la société française : les inégalités sociales et politiques dans le système éducatif français. Alors que l’école souhaite faire en sorte de donner les mêmes connaissances aux élèves, une même culture afin d’avoir une égalité des chances, la réalité démontre qu’il existe de nombreuses inégalités sociales entre les élèves et ce de la maternelle aux études supérieures. Vous l’aurez sans doute compris, le système éducatif français possède quelques failles.

La France est un des petits dans lequel les inégalités sociales et culturelles sont les plus marquées. En effet, on constate que la réussite des élèves dépend souvent de l’origine sociale. L’école amplifie parfois les inégalités sociales, du moins, on peut considérer qu’elle joue un rôle considérable.

La sociologie a notamment étudié la question des inégalités sociales dans le système éducatif. Dans les années 60, des sociologues ont développé une théorie dénonçant les inégalités à l’école. Elle s’appuyait sur des statistiques et démontrait qu’il y avait des inégalités sociales liées à la réussite scolaire. Dans son étude « L’école conservatrice ; les inégalités devant l’école et devant la culture » (1966), Pierre Bourdieu affirme que « on lit dans les chances d’accéder à l’enseignement supérieure le résultat d’une sélection directe ou indirecte qui, tout au long de la scolarité, pèse avec une rigueur inégale sur les sujets des différentes classes sociales ». Les enfants des milieux défavorisés auraient moins de chance de réussir qu’un enfant issu d’un milieu aisé.

Il est remarquable que les institutions d’enseignement les plus hautes aient aussi le recrutement le plus aristocratique.

Pierre Bourdieu, « L’école conservatrice ; Les inégalités devant l’école et devant la culture » (1966)

Pourquoi l’origine sociale détermine-t-elle en partie la réussite scolaire des élèves ? Les élèves dont les parents sont aisés hériteront de leur capital culturel. Ils seront dès lors favorisés car ils auront accès à la culture plus facilement par exemple. En effet, selon Bourdieu, « La culture « libre », condition implicite de la réussite en certaines carrières scolaires, est très inégalement répartie entre les étudiants origines des différentes classes sociales ». Les élèves issus de milieux favorisés auront donc en quelque sorte un privilège culturel. Dans La reproduction, les sociologues Bourdieu et Passeron ont introduit l’idée d’une « violence symbolique », c’est-à-dire « une forme de violence peu visible et non physique, qui s’exprime à travers les normes sociales et qui s’observe dans les structures sociales » (Wkiképdia), sur les élèves d’origine populaire. Il y a une distance entre la culture dite scolaire et la culture d’origine. Par conséquent la culture familiale des élèves issus d’un milieu favorisé se rapprocherait de celle de l’école. On constaterait donc une sorte de reproduction des rapports de domination entre les diverses classes sociales.

Les résultats de la France à l’enquête PISA

L’enquête PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) est la plus grande enquête dans le monde sur les systèmes éducatifs. En effet, elle concernait 79 pays du monde en 2018. Celle-ci permet de mesurer l’efficacité des politiques éducatives et a notamment pour objectif de « comparer les performances des élèves issus de différents milieux d’apprentissage pour comprendre ce qui les prépare le mieux à leur vie d’adulte ». L’enquête est dirigée sous la conduite de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) et a lieu tous les 3 ans. Elle concerne les jeunes de 15 ans puisqu’il s’agit de mesurer les compétences acquises en fin d’obligation scolaire, celles dont tout citoyen européen peut avoir besoin pour réussir dans sa vie quotidienne. En France, PISA concerne 252 établissements tirés au sort, soit 7000 élèves concernés. Ces établissements peuvent être des collèges, lycées agricoles, généraux, technologiques et professionnels du secteur public et privé. L’enquête PISA évalue les capacités des élèves à mobiliser leurs connaissances scolaires et à les utiliser dans des situations proches de la vie quotidienne. Pour cela, il y a différents tests : compréhension de l’écrit, culture mathématique et scientifique, ainsi que deux questions, une socio-culturel et l’autre sur l’information-communication. Le test est individuel, il se fait par le biais d’un ordinateur et les résultats sont confidentiels. PISA est un indicateur important puisqu’il influe sur l’avenir du système scolaire au sein du pays. Les résultats du test ne sont pas individuels mais sont regroupés afin d’être analysés ensemble de manière à étudier leur système éducatif. Le test est fait pour être ludique et comprend des questions subjectives. Le but est de saisir l’impact des politiques éducatives de chaque pays en les comparant notamment avec d’autres pays. PISA permet notamment de déterminer les facteurs de succès, les facteurs exogènes, à savoir le milieu socio-économique et culturel des familles, le cadre scolaire de l’établissement ainsi que le système éducatif national, les facteurs endogènes (soit la motivation des élèves, leur estime de soi et leurs stratégies d’apprentissage). À travers tous ces facteurs observés, l’enquête peut souligner le fait que certains pays ont des résultats moyens plus élevés que d’autres ou que certains pays se distinguent par l’équité de leur système éducatif.

En France, bien que les résultats soient quelque peu supérieurs à la moyenne de l’OCDE, l’enquête PISA note des inégalités entre les élèves au sein du système éducatif. En effet, nous pouvons constater qu’il y a une différence entre les élèves favorisés et les élèves défavorisés. Lors de l’enquête de 2018, la France se situait entre le 15e et le 21e rang des pays de l’OCDE, ce qui montre qu’il y a encore des progrès à effectuer dans l’éducation nationale. La faiblesse majeure des élèves français se trouve notamment dans les domaines de la lecture et de l’écriture. On observe à travers les années que le niveau des meilleurs élèves a augmenté et que celui des plus faibles a diminué. Les inégalités sociales constituent le « gros point noir » du système éducatif en France selon l’OCDE. L’écart entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés est significatif. Cela montre qu’en fonction du milieu social dans lequel évolue un élève, ses résultats ne seront pas les mêmes ; de plus, l’enquête montre aussi que les élèves les plus faibles sont regroupés dans les mêmes établissements, à l’instar des élèves ayant un meilleur niveau. Il y a donc des inégalités sociales au sein du milieu social mais aussi entre les établissements qui n’ont alors pas le même niveau et les mêmes avancés puisque le profil des élèves et la politique éducative divergent selon les établissements. Par exemple, nous pouvons voir un écart de points entre les élèves des lycées professionnels et des lycées généraux et technologiques ; en effet, « en compréhension de l’écrit, les élèves des lycées professionnels ont obtenu des résultats inférieurs de 100 points à ceux obtenus par les élèves des lycées généraux et technologiques » (OCDE).  À travers les années, l’enquête PISA montre qu’il n’y a pas eu d’aggravation des inégalités à l’école mais qu’elles n’ont pas non plus été réduites. La France est « un des pays les plus inégalitaires » d’après l’OCDE. Par exemple, 20% des élèves favorisés figurent parmi ceux ayant les meilleurs résultats en compréhension de l’écrit tandis qu’a contrario cela ne représente que 2% des élèves défavorisés. Nous pourrions ainsi presque voir les milieux sociaux comme une fatalité dans la mesure où elle peut plus ou moins conditionner la réussite des élèves. On remarquera par la même occasion que les élèves venant d’un milieu social défavorisé ont « des ambitions moins élevées que ce à quoi on pourrait s’attendre compte tenu de leurs résultats scolaires » (OCDE). En plus d’avoir des résultats plus faibles que ceux venant d’une plus haute classe sociale, les élèves de milieux défavorisés ayant de bons résultats n’envisagent pas de longues études. Il y a donc un réel lien inégalitaire entre les milieux sociaux des élèves.

Résultats de l’enquête PISA 2018 (OCDE)

Comment la carte scolaire d’un établissement peut favoriser la discrimination sociale ?

Qu’appelle-t-on « carte scolaire » ? Il s’agit d’un « système d’affectation des élèves dans une école, un collège ou un lycée publics situé dans un secteur géographique où ces élèves sont domiciliés » (Wikipédia). Elle permet notamment à l’Éducation Nationale d’organiser les ouvertures et fermetures de classes en fonction du nombre d’élèves prévu dans un établissement, elle est donc en perpétuelle évolution chaque année.  La carte scolaire existe dans différents pays (Japon, Suède, Finlande). Celle-ci existe en France depuis 1963, elle a été créée par le ministre de l’Éducation de l’époque, Christian Fouchet. Ce système d’affection regroupait à la fois « la répartition géographique des postes d’enseignants » mais aussi « la répartition des élèves en secteurs d’affections ». Elle avait au départ pour but une meilleure répartition des élèves dans les établissements et donc des moyens de ces derniers. En France, la carte scolaire dépend des conseils municipaux quand il y a plusieurs écoles dans la même commune. Pour les collèges, elle est déterminée par le conseil général, quant aux lycées, elle est déterminée par l’État. La carte scolaire pour les collèges et les lycées comprend : la structure pédagogique, les taux de réussite aux examens, les points forts du projet d’établissement, les priorités de la politique éducative.

La carte scolaire peut avoir un impact sur les inégalités sociales car elle fonctionne par secteur et peut ne pas favoriser la mixité sociale. Les élèves venant de quartiers défavorisés seront amenés à aller dans un établissement de secteur et il en va de même pour les élèves favorisés. Elle peut accroître cette séparation entre les milieux sociaux et accroître par la même occasion les inégalités au sein de l’école. Selon la sociologue de l’éducation Agnès van Zanten, la carte scolaire « aurait globalement réduit la mixité scolaire ». Les bons établissements attirent les bons élèves tandis que les établissements moins bons ne sont pas tirés vers haut au contraire. Cela favorise la discrimination sociale. La carte scolaire a connu de nombreux rebondissements selon les mandats présidentiels, certains sont pour sa suppression d’autres contre. Les critères ont par ailleurs eux aussi évolué. D’autres paramètres sont pris en compte aujourd’hui : « l’appartenance à une fratrie (regroupement des enfants d’une famille dans un même lycée), le choix d’une section spécifique démarrée en collège, le fait d’être boursier, les élèves en classe bi-langue en collège bénéficiant d’un quota de points supplémentaires attribués pour le lycée ayant la même option bi-langue… ». Ces paramètres entrant en jeu dans l’inscription des élèves peuvent inciter les familles voulant un lycée en particulier (un bon lycée par exemple) à prendre des options dès le collège pour leur enfant et au final plus ou moins choisir l’établissement de leur convenance. Dans ce cas, les inégalités augmentent puisque les élèves avec un bon niveau seront plus à même de demander une option dans un établissement dans la mesure où le profil et les résultats de l’élève sont pris en compte. Un bon élève aura plus de chance d’obtenir l’option qu’il souhaite qu’un élève ayant des difficultés. La carte scolaire peut donc favoriser la formation des inégalités.

Les failles du « collège unique »

La loi Haby du 11 juillet 1975 a créé le collège unique ou « collège pour tous ». Cette loi visait à généraliser l’enseignement et à offrir un contenu disciplinaire offrant les mêmes connaissances, une même culture de base à tous les élèves français. Le concept de même culture de base est à l’origine de la création de l’école publique en France. Il vient du désir d’unifier le peuple autour d’une même langue, de créer une unité nationale et de former des citoyens. Aujourd’hui ce même concept correspond au « socle commun » qui est censé donner aux français une culture commune et garantir un niveau scolaire minimum. Cette même culture de base permet la formation du citoyen dans la mesure où les savoirs fondamentaux et indispensables sont communs à tous les individus d’une même nation, cela renforce en quelque sorte l’identité culturelle nationale. On peut aussi parler culture pour tous ou culture générale.

Le collège unique a permis la réussite de la massification scolaire, le fait que tous les élèves soient scolarisés peu importe leur origine sociale et leur niveau scolaire. Ils bénéficient en plus d’une culture commune qui est dispensée grâce à la mise en place du socle commun. Cela permet de meilleures chances de réussite dans la poursuite d’études et dans l’insertion professionnelle (lycée et études supérieures) aux élèves venant de milieux défavorisés. Il donne aussi le moyen de mettre en place un système d’aide en cas de difficultés scolaires et donc de lutter contre l’échec et le décrochage à l’école.

Néanmoins, le collège unique n’est pas sans failles. S’il y a une massification scolaire, les écarts socio-culturels sont encore bien présents. Le niveau des élèves tout comme leur classe sociale est toujours hétérogène malgré le fait de vouloir réduire les égalités entre différents profils d’élève. L’hétérogénéité sociale et intellectuelle reste majeure. La gestion de ces divers niveaux au sein d’une même classe n’est pas toujours bien gérée. L’uniformité de l’enseignement revient à nier les différences de profils d’élève et de prendre en compte un groupe classe mais pas l’individu en tant que tel.

Aujourd’hui, le collège unique est confronté à de multiples difficultés. On constate beaucoup d’échecs scolaires (28 % des élèves ont redoublé au collège et 38 % des élèves de troisième ont au moins un an de retard). Cela s’explique par des inégalités de réussite d’origine sociale : les élèves en difficulté sont le plus souvent des élèves issus de milieux défavorisés et inversement, les élèves qui réussissent viennent généralement de milieux favorisés. De plus, Il existe également un malaise enseignant : les enseignant se plaignent de ne pas être formés pour gérer des groupes hétérogènes. On remarque aussi des disparités importantes entre les établissements et beaucoup de dispositifs spécifiques (SEGPA, ou l' »individualisation des parcours » qui consiste en fait à créer des dispositifs à part destinés à prendre en charge la grande difficulté scolaire. On peut faire référence également aux structures conduisant à une pré-orientation à la voie professionnelle (troisième d’insertion, classe relais, troisième technologique…)). Le collège unique doit aussi se confronter aux stratégies de contournement des parents qui visent à permettre à leurs enfants d’étudier dans des conditions optimales (inciter ses enfants à prendre de multiples options, à faire des sections bilingues ou européennes par exemple), celles-ci contribuent à la pérennité des inégalités sociales.

Vous l’aurez compris, le système éducatif français tend à accroître les inégalités sociales entre les élèves malgré la volonté d’offrir une égalité des chances et une même culture de base.

Sources :

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